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Norme ISO 16128

Retenez bien ce nom: ISO 16128. Cette nouvelle norme internationale concernant les produits naturels ou bio est au cœur d’une polémique grandissante qui agite le secteur cosmétique. « Suite à sa publication, des produits contenant des ingrédients chimiques et polluants pourront légalement se revendiquer bio » dénonce un collectif composé d’associations et de professionnels du bio , à savoir Générations Cobayes, Générations Futures, WECF, les Naturalistas et Cosmébio qui représente 450 marques. « Une tromperie pour les consommateurs » s’inquiète ce collectif dans un communiqué alors même que la Fébéa, la fédération des entreprises de beauté, a choisi le même moment pour indiquer se réjouir « que les acteurs internationaux de la cosmétique parlent désormais tous le même langage. »

« Ce n’est pas l’idée d’une norme internationale qui pose un problème, c’est le manque de clarté » précise Pierre Charlier de Chily, administrateur et secrétaire de l’association COSMOS AISBL, le label européen regroupant notamment les français Cosmébio et Ecocert, l’allemand BDIH ou encore le britannique Soil Association. Pierre Charlier de Chily était le représentant COSMOS, sans droit de vote, dans le groupe de travail sur la norme ISO.

Une première partie de cette norme publiée en 2016 définissait quatre types d’ingrédients: les ingrédients biologiques, les dérivés biologiques, les naturels et dérivés naturels. Et déjà là, les désaccords étaient nombreux. « Si un ingrédient est composé d’une partie naturelle à 51% et d’une partie pétrochimique à 49%, peut-on vraiment dire qu’il est dérivé naturel? » s’interroge Pierre Charlier de Chily. Les dérivés naturels sont en effet issus de réactions chimiques à partir de matières premières et dans la norme ISO, les ingrédients dérivés du naturel peuvent contenir jusqu’à 49% de matières premières issues de la pétrochimie selon Pierre Charlier.

Pas de liste noire des ingrédients

La deuxième partie de cette norme vient d’être publiée et ne pose pas moins de problème selon ce même collectif. Il s’agit ici de la méthode de calcul pour déterminer la contribution de chaque type d’ingrédients dans le produit final et ainsi la part naturelle ou biologique dans le cosmétique que tout un chacun peut acheter. Un mode de calcul mais aucun seuil n’est fixé pour savoir à partir de quand on peut parler de cosmétique naturel ou de cosmétique bio, contrairement aux cahiers des charges établis depuis de nombreuses années par les labels.

Autre grief: l’absence de liste noire qui interdirait l’utilisation de certains ingrédients dans le cosmétique. La norme ISO tolérerait donc « la présence de composants controversés dans les formulations, comme le phénoxyéthanol, les parabènes, les silicones ou les dérivés d’animaux morts. » De quoi ouvrir « la boîte de Pandore » selon Romain Ruth, le président de Cosmébio, qui craint aussi le flou qu’engendrerait la norme auprès du consommateur et la « créativité marketing » des entreprises.

Mais pour Anne Dux, directrice des Affaires scientifiques et réglementaires et chargée des relations européennes de la FEBEA, les responsables « des labels génèrent une fausse inquiétude ». « Ils sont inquiets à propos des allégations mais la norme ne s’occupe pas du tout de cette question » assure-t-elle en rappelant que la norme « ne dit pas si un produit est biologique ou non » mais seulement quelle est sa part naturelle ou biologique.

Ne vous faites pas avoir par la nouvelle norme ISO

Appel à la vigilance

Et de rappeler qu’en France, l’Autorité de régulation professionnelle de la publicité donne la définition d’un cosmétique naturel et d’un cosmétique biologique.

Le premier est qualifié comme tel « si le produit fini contient un minimum de 95% d’ingrédients définis comme naturels ou d’origine naturelle ».

Le deuxième doit remplir une de ces trois conditions: contenir « 100% d’ingrédients certifiés issus de l’agriculture biologique », avoir été « certifié biologique par un organisme certificateur » ou avoir été élaboré « selon un cahier des charges publié, ayant un niveau d’exigence, en termes de composition et de teneur en ingrédients certifiés issus de l’agriculture biologique, équivalent au(x) niveau(x) d’exigence requis par les organismes certificateurs ».

Une définition qui n’est pas une réglementation selon Valérie Lemaire, directrice générale d’Ecocert Greenlife, Ecocert étant un organisme de certification s’occupant notamment de produits cosmétiques bio. « La norme n’est qu’un indice. On pourrait mettre tout ce qu’on veut dans un cosmétique, avec seulement X pourcents d’ingrédients bio et indiquer sur l’étiquette ‘je respecte la norme ISO 16128 sur les produits naturels et bio' » craint-elle, même si ce n’est pour l’heure que pure  conjecture.

A tel point qu’Ecocert a sollicité en juin la direction des fraudes (DGCCRF) pour connaître son interprétation de la norme. Et attend encore une réponse. Autre crainte: la manière dont sera utilisée cette norme à l’international.

Tout va donc dépendre de la manière dont cette norme sera exploitée par les entreprises. Et cela reste à l’heure actuelle la grande inconnue. D’où cet appel à la vigilance du collectif. Et pour les consommateurs? Si les adeptes des labels bio ne changeront sûrement pas leurs habitudes, pas sûr que la norme ISO facilite vraiment la lisibilité des étiquettes pour les autres…

Article de Valérie Xandry de www.challenges.fr

Les labels dont vous pouvez avoir confiance sont, il y en a d’autres je pense mais ceux-ci sont les principaux:

  • Natrue
  • Cosmébio Cosmos Organic
  • Nature et Progrès

Ne vous faites pas avoir par du greenwashing!! Contrôlez les étiquettes de vos cosmétiques.